Lettre ouverte à nos représentants politiques

Au cours de la récente campagne électorale législative, et plus récemment, dans le contexte de l’élection présidentielle à la Fédération bruxelloise du Parti socialiste, la laïcité est apparue comme un enjeu autour duquel un certain nombre de personnalités se sont prononcées.

Bien entendu, il n’appartient pas au Centre d’Action Laïque de s’ingérer dans les discussions internes d’un parti politique. La laïcité n’est d’ailleurs pas l’apanage d’un parti. Mais nous sommes des observateurs attentifs de la vie démocratique et il nous a paru important de clarifier un certain nombre d’éléments concernant ce qu’est la laïcité, dont le sens est encore trop souvent dévoyé, détourné.

Nous nous étonnons de lire et entendre à quel point la laïcité apparaît clivante pour d’aucuns. Le principe de laïcité serait un facteur de division. Il serait un critère d’exclusion, voire une atteinte aux libertés. Permettez-nous dès lors de vous livrer ces quelques éléments destinés à nourrir votre réflexion.

La laïcité est trop souvent assimilée à une posture de non-croyance telle l’athéisme ou l’agnosticisme. La réalité est fort différente. La laïcité permet à chacun d’adhérer librement à la religion, la philosophie de son choix, d’en changer ou de n’en avoir aucune. On peut donc être laïque et croyant. Quand en 2018, le Parti socialiste a déposé une proposition de révision de la Constitution pour y insérer le principe de laïcité, il n’a évidemment pas voulu inscrire l’athéisme ou un sentiment anti-religieux dans notre loi fondamentale mais défendre, nous semble-t-il, une conception démocratique fondamentale, une condition d’exercice des droits et des libertés. En d’autres mots, et pour résumer la question, dans un État multiculturel comme le nôtre, la laïcité garantit notamment l’avenir et la coexistence des religions.

Nous définissons la laïcité comme le principe humaniste qui fonde le régime des libertés et des droits humains sur l’impartialité du pouvoir civil démocratique dégagé de toute ingérence religieuse. La laïcité oblige l’État de droit à assurer l’égalité, la solidarité et l’émancipation des citoyens par la diffusion des savoirs et l’exercice du libre examen.

Relevons en particulier l’impartialité du pouvoir civil. Cette impartialité garantit qu’aucune conviction religieuse ou philosophique ne prenne le pas sur une autre. Elle éloigne les discriminations. C’est pourquoi nous sommes attachés à la neutralité des mandataires publics, des organes et préposés des services publics sur les plans fédéral, communautaire, régional et communal. C’est pourquoi nous pensons l’école comme un lieu d’émancipation plutôt que comme un lieu où devraient être continués les déterminismes sociaux ou culturels.

La laïcité est plus que la neutralité. Elle n’élude pas les débats, le regard critique sur les idées, les idéologies, les sacrés au nom d’une prétendue tolérance. Elle questionnera toujours ce qui met en cause les libertés, dans le respect absolu des personnes. Fermer le débat en s’interdisant de critiquer une idéologie, une doctrine ou une foi, c’est museler la liberté d’expression. La laïcité est donc le contraire du relativisme qui ouvre la voie aux mouvements populistes et extrémistes de plus en plus affirmés aujourd’hui.

Enfin, on comprendra de ce qui précède que la laïcité, pour nous, n’a pas besoin d’être assortie d’un adjectif comme « ouverte » ou « inclusive ». Adjectiver revient à la restreindre, à la dénaturer.

Nous sommes bien entendu disponibles pour en débattre avec vous.

Centre d’Action laïque (CAL)

 

 

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