Certains disaient « l’important c’est de participer », phrase dont la paternité est attribuée à tort à Pierre de Coubertin, initiateur des jeux olympiques modernes.

D’autres disent « l’important c’est de gagner ».

D’autres encore disent « l’important c’est de gagner beaucoup d’argent ».

Et c’est cette marchandisation du sport qui fait que dans nombre de sports de haut niveau – les plus populaires – les valeurs qui faisaient leur beauté, à savoir la tolérance, le respect de l’adversaire, du public mais aussi de soi-même, l’honneur, le courage, la solidarité, le goût de l’effort, l’esprit d’équipe laissent de plus en plus souvent la place à la corruption, au dopage, à la violence, au racisme, aux matches truqués. Ces dérives ont pris, dans beaucoup de disciplines sportives de haut niveau, le dessus sur les performances.

Dans de nombreux sports, les sommes en jeu prennent des proportions tout à fait indécentes. Tout se joue à coup de millions que ce soient les salaires des sportifs, les montants des transferts dans le football, la vente des droits de télévision et des espaces publicitaires durant les grandes compétitions.

Tous ces facteurs vont dans le sens de la décrédibilisation profonde du sport de haut niveau.

La FIFA a mis la main sur tout ce qui entoure les matches de coupe du monde et a interdit la publicité ou la vente de produits n’appartenant pas aux sponsors officiels

A cela s’ajoute la place immorale du facteur économique dans le sport. Canal+ a déboursé 600 millions d’euros pour le foot, les salaires versés dans la plupart des sports nationaux sont mirobolants (basket, baseball, foot américain aux USA, foot en Europe, en Asie et aux Emirats, tennis), et tout va vers la logique de marché, vers une logique libérale qui ne rime pas avec les valeurs du sport. Le sport est avant tout un fabuleux lien social entre les hommes, un lien inéluctable qui ne peut être mis en péril, tant il apporte aux gens, tant il apporte à la vie, tant il apporte de l’espoir à l’humanité, dans un monde en proie à certains conflits des plus affligeants.

L’argent a pour conséquence de nombreuses dérives, que le sport ne connaissait pas quand argent et sport n’étaient pas liés. Les valeurs véhiculées par le sport telles que la solidarité, le courage, l’esprit d’équipe sont parfois bafouées et oubliées pour laisser place à des pratiques regrettables telles que la corruption, les matchs truqués ou encore le dopage ou la violence.

Ce que d’aucuns ont appelé le « football leaks » nous démontre, si besoin est, que plus que les performances sportives, c’est l’argent qui mène le bal.

Quelles sont les dérives ?

  • La corruption, les matches truqués et le blanchiment d’argent

La corruption dans le sport prend diverses formes. Ce sont par exemple la manipulation de matches, la soustraction ou le détournement de fonds destinés au sport, les pots-de-vin concernant le lieu d’organisation d’un championnat ou la modification des résultats sportifs, les commissions liées aux transferts de joueurs et le trucage d’élections d’instances sportives…

Si celle-ci touche divers sports, c’est dans le football qu’elle est la plus flagrante. Parmi les exemples, citons l’attribution de la coupe du monde 2022 octroyée au Qatar par le comité exécutif de la Fifa. Plusieurs enquêtes menées par des magazines sportifs anglais et français ont démontré que cette attribution qui ne correspondait à aucune logique qu’elle soit sportive, géographique ou historique mais bien à une logique purement économique à laquelle la France aurait activement participé par l’intermédiaire de l’ancien joueur Michel Platini. Celui-ci sera suspendu par les instances de la Fifa pour une durée de huit ans. Les révélations concernant les soupçons de fraude dans l’élection auront également permis l’arrestation et la destitution du président de l’institution Joseph Blatter.[1]

Les enquêteurs judiciaires avaient quant à eux découvert des versements de plusieurs millions de dollars en provenance du Qatar à destination de membres du comité de la FIFA.

En 2018, deux affaires différentes viennent à l’avant de la scène belge. La première concerne des soupçons de blanchiment d’argent. Un rapport de l’Unité des fraudes fait état de transactions financières suspectes mises en place par deux agents de joueurs. Il s’agit de commissions touchées par les agents de joueurs pour avoir facilité le transfert d’un joueur d’un club à l’autre. Mais ces commissions sont souvent gonflées et cachées au fisc.

En ce qui concerne la seconde affaire, les enquêteurs soupçonnent un des agents de joueurs d’avoir fait en sorte, grâce à ses interventions notamment auprès des arbitres, que le club de Malines ne soit pas rétrogradé en deuxième division.

Quant au club de Mouscron, la justice tente de prouver qu’il aurait obtenu trois années consécutives, sa licence de manière illégale. Une enquête est ouverte pour escroquerie, faux et usage de faux, mais aussi pour blanchiment car le club serait financé de façon illicite par des comptes offshore.[2]

  • Le dopage

On parle de dopage à partir du moment où un sportif utilise des substances ou méthodes interdites pour améliorer ses résultats à l’entraînement et en compétition. Les stéroïdes sont les substances qui viennent le plus souvent à l’esprit lorsqu’il est question de dopage, mais le dopage comprend aussi l’utilisation par le sportif d’autres substances interdites (comme les stimulants, hormones, diurétiques, narcotiques et marijuana), le recours à des méthodes interdites (comme la transfusion sanguine ou le dopage génétique), et même le refus de se soumettre à un contrôle du dopage ou encore la tentative de fausser les résultats d’un contrôle.

De nombreux sportifs ont usurpé leur titre grâce à des pratiques illégales ou à l’utilisation de substances interdites.

Les affaires de dopage les plus connues ont lieu dans le cyclisme. Depuis sa création en 1903, le célèbre Tour de France est entaché par le dopage, mais il fallut attendre 1965 pour qu’une loi interdise en France « l’usage des stimulants à l’occasion des compétitions sportives »[3] et 1968 pour que, pour la première fois, des coureurs soient exclus de la course pour cette raison.

L’arrivée de nouvelles substances dopantes à l’entame des années 90 coïncide avec une période de hausse sensible de la performance des coureurs : la vitesse moyenne des dix meilleurs coureurs du Tour et des principales épreuves de la saison augmente de 6,38 % entre 1993 et 2008[4].

Sept fois vainqueur du Tour de France avant d’en devenir le héros déchu, Lance Armstrong contrôlé positif, a perdu ses titres et ses maillots jaunes. Il a également été radié à vie de toutes compétitions sportives.

Entre 1999 et 2011, aucune édition de la Grande Boucle ne sera épargnée par des affaires de dopage, il y aura durant cette période dix-huit déclassements dus à l’usage de produits stupéfiants. Un chiffre qui serait nettement plus lourd si le comptage avait été réalisé sur l’ensemble des participants.[5]

L’inventivité des chimistes, la composition de l’Agence mondiale anti-dopage (moitié de représentants et moitié de membres de certains gouvernements) et le coût élevé font que l’efficacité de la lutte est souvent remise en question.

Outre le dopage par absorption de substances chimiques, une autre forme est apparue en 2017 lors d’une course amateur, celle du dopage technologique : un moteur est dissimulé dans le cadre du vélo. [6]

L’imagination des tricheurs est sans limite !

Il va de soi que le cyclisme n’est pas le seul sport sali par la tricherie. L’athlétisme est aussi touché : de nombreux athlètes se sont vu retirer leur médaille olympique à la suite de dopage.

Lors des Jeux olympiques d’été de 1968, le CIO officialise les contrôles anti-dopage et oblige les femmes à se soumettre à des tests de féminité. En 1989, le CIO met en place les contrôles inopinés.[7]

Le tennis est également pollué par ce fléau. Ainsi, la Fédération internationale de tennis a infligé une suspension de deux ans à Maria Sharapova, contrôlée positive au meldonium lors de l’Open d’Australie.[8]

  • La violence, le racisme, l’homophobie, le harcèlement sexuel, …

Si le sport prône un certain nombre de valeurs, la plupart du temps bien respectées, force est de constater que celui-ci subit un certain nombre de dérives parmi lesquelles toutes les formes de violences, qu’elles soient physiques ou morales, individuelles ou collectives et qu’elles aient lieu sur le terrain, dans les vestiaires, dans les tribunes ou aux abords des stades.

Même si c’est dans le foot – le phénomène de l’hooliganisme a provoqué des morts – que les déferlements de violence et de haine sont les plus présents, tous les sports, professionnels comme amateurs, sont concernés par ce fléau.

Ainsi la joueuse de tennis danoise Caroline Wozniacki, n°2 mondiale, dénonçait l’attitude du public durant sa rencontre avec la Portoricaine Monica Puig, à Miami. « Des gens dans les tribunes s’en sont pris à ma famille, ils ont menacé de mort mon père et ma mère, m’ont adressé des insultes que je ne peux même pas répéter », révélait-elle le lendemain sur les réseaux sociaux.[9]

L’athlète Emma Oudiou dénonçait quant à elle les violences sexuelles dont elle avait été victime de la part de deux entraineurs : des gestes déplacés, des mains aux fesses, des bisous, … Plainte avait été déposée.

Autre forme de violence grave et insidieuse : la pédophilie. Des enfants sont agressés sexuellement par leur entraîneur sportif, dans les vestiaires ou lors de déplacements. Bien souvent la honte ou la peur des représailles les empêchent de parler quand ce ne sont pas les dirigeants qui étouffent délibérément le scandale qui pourrait résulter de telles révélations.[10]

Autre forme de violence, le racisme est malheureusement bien présent dans le sport. Le phénomène n’est pas nouveau mais apparaît de plus en plus au grand jour. Cris de singe, lancers de bananes à l’encontre de joueurs noirs, une fois encore, c’est le foot qui est le lieu privilégié des agressions racistes.

Mais une fois encore, d’autres sports sont salis par ces actes ou paroles dégradants.

L’homophobie n’est pas spécifique au sport mais y est bien présente. La société a ses tabous et certains sont encore exacerbés dans le monde du sport où la virilité et la féminité ne peuvent être qu’hétérosexuelles c’est pourquoi les sportifs préfèrent souvent cacher leur orientation sexuelle lorsque celle-ci ne correspond pas à la norme, de crainte d’éventuelles réactions négatives.

Et si les plans antiracisme sont réguliers, les mesures anti homophobie ne sont pas légion.[11]

Conclusion

Le sport, comme la plupart des activités humaines, est désormais soumis à une logique marchande ultralibérale, bien loin des valeurs qu’il est censé promouvoir et du lien social qu’il devrait tisser.

Il représente pour beaucoup de jeunes et c’est heureux, un espoir d’émancipation et d’amélioration de leur condition. Ce qui ne devrait toutefois pas signifier rouler dans des voitures à trois cent mille euros, …

Les salaires des joueurs de foot, de tennis, atteignent des montants particulièrement choquants surtout si on les compare à ceux de personnes exerçant des professions bien plus utiles à l’ensemble de la société comme les médecins, les enseignants, …

Les rémunérations des sportifs ne sont pas seules en cause, il faut également noter les montants astronomiques proposés pour les transferts des joueurs, les commissions des intermédiaires et agents, les droits de télévision, …

L’indécence des sommes en jeu entraîne malheureusement les dérives que l’on connaît.

Bien que le contexte sportif soit souvent présenté comme un lieu de socialisation et d’apprentissage des valeurs morales, telles que le fair-play, la coopération, l’entraide, le respect d’autrui ou celui des règles, les médias se font régulièrement l’écho de phénomènes de violence sur les terrains ou dans les tribunes, mais aussi à l’extérieur des enceintes sportives.

Or, les sportifs sont érigés en modèle de société. Qu’ils le veuillent ou non, ils sont des exemples pour les plus jeunes et ont, en conséquence, un devoir d’exemplarité.

Le sport est un fait social majeur, il est fortement médiatisé et pourrait servir de modèle pour la construction d’une société plus juste et surtout plus tolérante.

Il faut utiliser davantage le potentiel du sport et des valeurs qu’il véhicule – solidarité, tolérance, fair-play – pour prévenir la violence, le racisme, la xénophobie.

Le sport a un potentiel extraordinaire. Il a incontestablement la capacité de mettre en relation les gens, de leur apprendre à respecter des règles communes, à se comporter dignement dans la victoire comme dans la défaite.

[1]                                 http://www.footmercato.net/autre-championnat/coupe-du-monde-2022-nouvelles-revelations-de-corruption_215045

[2]                                 https://www.rtbf.be/info/societe/detail_footgate-football-leaks-licence-de-mouscron-comment-s-y-retrouver-entre-ces-scandales?id=10073125

[3]                            https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000691718&categorieLien=id

[4]                                 https://fr.wikipedia.org/wiki/Dopage_sur_le_Tour_de_France

[5]                                 http://www.leparisien.fr/sports/cyclisme/dopage-ces-grands-dechus-du-tour-de-france-06-07-2018-7809738.php

[6]                                 https://www.lexpress.fr/actualite/societe/fait-divers/cyclisme-un-moteur-decouvert-dans-un-velo-lors-d-une-course-amateur_1948490.html

[7]                                 https://fr.wikipedia.org/wiki/Dopage_aux_Jeux_olympiques

[8]                                 https://www.lequipe.fr/Tennis/Actualites/Maria-sharapova-suspendue-deux-ans-pour-dopage/692089

[9]                                 https://www.ouest-france.fr/sport/dossier-la-violence-l-autre-face-du-sport-5675549

[10]                              https://www.francetvinfo.fr/sports/violences-dans-le-sport/video-silence-dans-les-vestiaires_2785693.html

[11]                              https://rmcsport.bfmtv.com/plus-de-sports/comment-lutter-contre-l-homophobie-dans-le-sport-1569457.html

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