Tenter une vie philosophique ? Entamer un cheminement infini pour interroger le sens de notre présence au monde ? Croire en une volupté divine, selon Lucrèce, de la vie ? Ressentir le sentiment océanique, comme le décrivait Romain Rolland, de l’univers et de la connaissance ? Fendre la mer gelée qui est en nous, cet amoncellement d’opinions communes, insuffisamment questionnées et qui nous étouffent ?

Tenter une vie philosophique ? Entreprise vaine et impossible ? Devenir sage ? La brièveté de la vie et le désordre du monde, la confusion des valeurs, le tragique de l’existence, la succession des peines, des douleurs et des souffrances, la course effrénée aux honneurs, aux vanités, aux pouvoirs, aux richesses,…. toutes ces faces de notre très bref passage dans le cosmos, nous invitent, nous humains, trop humains, à la tentation, démesurée, vertigineuse, inaccessible sans doute, de la vie philosophique.

La philosophie est fille de l’étonnement, dans un monde où l’on ne s’étonne plus de rien. « Or tout, absolument tout, devrait nous étonner » écrit Lucien Jerphagnon. Pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien ? se demandait Leibniz. Chercher des réponses à cette question ultime, à la stupéfaction d’exister, au saisissement d’être, aux pourquois des êtres, de la matière, du temps, de l’espace, du mouvement, voilà pour une part, la genèse de l’attitude philosophique. Un émerveillement devant la simple existence. « Etre ici est une splendeur » exprime le poète R.M. Rilke.

On attrape la philosophie comme on attrape une maladie dont aucun système, aucune représentation, aucune explication, si grandioses soient-ils, ne nous guériront. Le remède est contenu dans la recherche inlassable du médicament le plus adéquat à ses angoisses existentielles. La philosophie comme une médecine de l’âme. Une thérapeutique pour guérir des peurs et des craintes des dieux et de la mort, telle que l’enseignaient les épicuriens. Une tentative de guérison par la raison, pas par la théologie.

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