« L’humanisme laïque en tant que référence »

Note de synthèse du 2 juillet 1984

Devant examiner, entre autres, la question de la légitimité, pour l’instance dirigeante de la FAML, le CA, de prendre ponctuellement, au nom de ses membres, des positions publiques, il est apparu nécessaire, à la Commission, d’examiner au préalable la référence obligatoire de ces éventuelles prises de position, «l’humanisme laïque ».

Certes, il n’est pas nécessaire d’adhérer à la FAML ou au CAL pour se comporter en laïque et défendre dans la cité les principes et les valeurs laïques. Est laïque celui ou celle qui se comporte en laïque. Mais il est cohérent que ceux qui ont franchi le pas du militantisme et qui se sont donné comme vocation de défendre et de promouvoir notre idéal et notre programme consultent et re-consultent les textes fondamentaux où la laïcité, s’adressant au public, s’explique elle-même quant à ses fondements, ses principes, ses valeurs, son programme ; en d’autres termes, établit sa légitimité.

Dans cette optique, la Commission a consulté non seulement « à la découverte de la laïcité », publication fondamentale du CAL, mais aussi – et cela n’est pas sans importance – les programmes officiels de l’enseignement de la morale non confessionnelle, du primaire et du secondaire, de même qu’en particulier le chapitre d’ « A la découverte de la laïcité » qui présente au public le cours de morale.

Pour la FAML, historiquement née du souci de défendre et de promouvoir le cours de morale, la prise en considération de cette dernière référence nous a semblé aller de soi.

La FAML au-dessus de tout soupçon ?

A l’origine de la crise qui a affecté la FAML depuis décembre 1983 : l’affirmation par certains – affirmation rendue publique dans une certaine mesure, et ce par divers moyens – que le CA de la FAML et la revue Morale Laïque (en particulier ses éditoriaux) avaient pris des positions dont la légitimité et la laïcité étaient contestables, douteuses, de nature politique, partisane, et qu’elles avaient choqué de nombreux laïques. Ce faisant, elle sortait de son rôle qui est essentiellement de défendre et de promouvoir le cours de morale et l’idéal du libre examen. Cette opposition au CA et à Morale Laïque allait jusqu’à affirmer que les laïques désireux d’intervenir dans des débats de société tels que la xénophobie, le racisme, les problèmes sociaux… ne pourraient légitimement le faire qu’en dehors des structures laïques, seul moyen de sauvegarder tout à la fois le pluralisme du mouvement et son unité.

Cette vue est apparue à la Commission non seulement contradictoire en soi (on ne peut assigner à la Fédération le rôle de défendre l’idéal du libre examen et lui interdire en même temps d’en assumer les implications), mais aussi en contradiction avec la conception de l’action laïque définie dans « A la découverte de la laïcité » ainsi qu’avec l’esprit et les principes du cours de morale non confessionnelle, tant du primaire que du secondaire.

L’humanisme laïque qui se dégage de l’examen de ces textes, s’il implique la réflexion aussi ouverte que possible, par la méthode du libre examen, engage aussi les laïques en général et les jeunes laïques en particulier à l’action, et même à une action radicale contre toutes les aliénations, discriminations et injustices. En d’autres termes, le domaine politique appartient tant à la réflexion qu’à l’action laïques, et l’option du mouvement laïque pour une société « juste, progressiste et fraternelle » est clairement affirmée. Ce sont les comportements sectaires, dogmatiques, violents qui sont explicitement condamnés par le cours de morale.

L’esprit d’ouverture et le radicalisme – incontestablement progressiste – du programme officiel n’a pas manqué d’étonner plus d’un membre non-enseignant de la Commission.

Voilà qui fondait pour la Commission, et la légitimité et le caractère authentiquement laïque des prises de position du Conseil d’administration et de la revue « Morale Laïque ».

La nature et le rôle de la FAML

C’est à la lumière de cet humanisme laïque, lieu privilégié de la réflexion et du débat libre exaministes, s’interdisant tout recours à l’argument d’autorité, toute conclusion définitive, tout absolu, mais s’inscrivant aussi dans la cité avec courage, lucidité et cohérence, qu’ont été examinées les réponses fournies par les associations au questionnaire de la FAML (sur sa nature, son rôle et ses rapports avec les régionales du CAL).

« Certes, il n’y a aucun dogme laïque, mais un certain nombre de principes essentiels – tels le caractère sacré des droits fondamentaux de la personne – doivent échapper à la relativisation, sous peine de détruire le CHOIX laïque lui-même ».

La limitation que préconisent certaines associations de voir la Fédération réduite à un rôle de service aux membres, ainsi qu’à la défense et à la promotion du cours de morale, a conduit la Commission à conclure que ces associations en ignoraient le contenu réel. Elle constate que d’autres associations, par contre, n’hésitent pas à affirmer que les prises de position de la FAML, de Morale Laïque sont, en fonction même de l’humanisme laïque, moralement obligatoires.

La Commission constate que les prises de position politiques devraient toutefois, autant que faire se peut, être le fait du CA élargi, plus représentatif de la FAML dans ses profondeurs et sa diversité.

Le pluralisme dans l’engagement

La FAML est, aux yeux de beaucoup, devenue le mouvement laïque par excellence, celui qui existe concrètement sur le terrain, qui vise une audience large, qui fait vivre la laïcité au quotidien, qui entretient des rapports avec les autorités communales, avec les groupes de base.

Si elle n’existait pas, il faudrait l’inventer…

Regroupant plus d’une centaine d’associations francophones, elle a choisi le mode de fonctionnement de la fédération. Fédérer veut dire respecter dans sa diversité, mais aussi rassembler, coordonner.

Etre laïque, c’est se réjouir des « différences » (compatibles avec la dignité humaine – le fasciste et le totalitaire sont aussi différents), des sensibilités diverses, enrichissantes pour les uns et les autres, mais ce n’est pas s’en tenir là : la fraternité, la solidarité, l’action commune sont également des options laïques qui supposent que la réflexion et l’action laïques, le débat et l’engagement soient dialectiquement liés.

La recherche à tout prix de l’unité, de l’unanimité, n’est pas d’essence laïque, mais bien totalitaire.

Quant à l’orientation « progressiste » de la laïcité, il s’agit d’un choix « politique ». Il n’est imposé à personne, mais adhérer au mouvement laïque suppose l’accord préalable sur cette orientation, au même titre que le non-recours à un principe transcendant. Le champ progressiste est toutefois suffisamment large pour que « diverses sensibilités » s’y sentent parfaitement à l’aise dans un climat de tolérance, d’estime et de fraternité réciproques.